L'enfant et le vent C5

Le souffle du vent


Foudre2


Plusieurs nuits se succèdent, jusqu'à ce que Séléna, soudain, disparaisse. Elle n'éclaire plus ; les oies ne peuvent plus avancer et trouvent refuge dans une petite grotte.

Et soudain, c'est la joie.

  • Si la lune n'éclaire plus, c'est qu'elle est cachée par les nuages ! Hourra, nous approchons du but. Maintenant, nous devons attendre que le jour se lève.

A l'aube, pour la première fois depuis des semaines, des nuages cachent le soleil. Le vent ne devrait plus être très loin, maintenant.

  • Nous n'arrivons pas à avancer, nous sommes bloqués ici. Le vent ne souffle pas assez fort pour nous pousser, disent les nuages.

  • Qu'allons-nous devenir ? Savez-vous où je peux trouver le vent ? Demande Roshu aux nuages.

  • Il est enfermé dans une contrée. Il ne peut plus se déplacer, et tous les nuages aussi.

  • Qui le retient enfermé, demande Roshu ?

  • D'après ce que nous savons, le vent a perdu sa force, sa vigueur.

  • C'est impossible. Qui a pu faire une telle chose ? Sans lui, c'est la catastrophe !

  • Oui, disent les nuages, comment faire ?

  • Nous devons le délivrer tous ensemble, propose Roshu. Où se trouve-t-il ?

  • Laisse-nous entrer en contact avec lui.

Et c'est ainsi que les nuages appellent le vent qui ne souffle plus.

Il a fallu attendre longtemps avant de reconnaître le souffle faible du vent. Tout le monde est aux aguêts.

  • Je suis entouré de murs. Je suis affaibli, je n'ai plus de souffle, ou si peu. On m'a volé mon souffle et je ne peux plus retrouver ma vigueur. La seule chose qui peut me délivrer, c'est...

  • On n'a pas entendu la suite, Roshu, disent les nuages ; on envoie un autre message au vent.

  • Oui, dîtes-lui que vous, moi, les oies sauvages, le soleil, la lune, nous voulons savoir comment le délivrer ?

  • C'est d'abattre, de détruire le mur qui monte jusqu'au ciel. A cause de ce mur, je ne reçois plus les rayons du soleil, son énergie, et mon souffle est retenu dans l'enceinte de ce mur. Je suis enfermé loin au nord-ouest, et pour détruire le mur, il faut...

Encore une fois, le contact est rompu. Les nuages demandent comment abattre le mur, par quel moyen.

  • Un seul, répond le vent qui a de plus en plus de difficultés à se faire entendre. Le soleil doit forcer les nuages, il doit arriver jusqu'au mur. Avec ses rayons, sa chaleur va créer de l'électricité dans l'air, du tonnerre et des éclairs. Alors la foudre peut toucher le mur et l'abattre. Mon souffle s'échappera et je serai délivré. Mais sans le soleil, je suis sans force.

Aussitôt, Roshu appelle le soleil.

  • Soleil, tu m'as promis de m'aider à retrouver le vent. Sans toi, il ne peut pas se libérer. Il t'appelle pour que tu détruises le mur qui l'emprisonne. Soleil, sauve-le, sauve-nous de la mort, supplie Roshu.

Le soleil chauffa si fort ses rayons que les nuages au-dessus du mur se sont mis à transpirer, à tambouriner pour sortir de l'enceinte au-dessus de laquelle ils étaient bloqués. Il y eut des roulements de tonnerre pendant des heures, et les éclairs fusaient de tous côtés. Un orage incroyable, d'une violence telle que la foudre se déchaîna sur le mur, qui s'écroula comme une masse. Alors, le vent doucement reprit son énergie, souffla, souffla, souffla comme il n'avait jamais soufflé auparavant.

Et c'est ainsi que Roshu avec ses amis, a délivré le souffle du vent !

Chanson : Le jour s'est levé

Activité éducative : Puzzle

Puzzle 3

Puzzle1

Détente : Nuages de Django Reinhardt

 

                 Poème : A la gloire du vent

- Toi qui t'en vas là-bas, 
Par toutes les routes de la terre, 
Homme tenace et solitaire, 
Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ?

- J'aime le vent, l'air et l'espace ; 
Et je m'en vais sans savoir où, 
Avec mon cœur fervent et fou, 
Dans l'air qui luit et dans le vent qui passe.

- Le vent est clair dans le soleil, 
Le vent est frais sur les maisons, 
Le vent incline, avec ses bras vermeils, 
De l'un à l'autre bout des horizons, 
Les fleurs rouges et les fauves moissons.

- Le Sud, l'Ouest, l'Est, le Nord, 
Avec leurs paumes d'or, 
Avec leurs poings de glace, 
Se rejettent le vent qui passe.

- Voici qu'il vient des mers de Naples et de Messine
Dont le geste des dieux illuminait les flots ; 
Il a creusé les vieux déserts où se dessinent 
Les blancs festons de sable autour des verts îlots. 
Son souffle est fatigué, son haleine timide, 
L'herbe se courbe à peine aux pentes du fossé ;
Il a touché pourtant le front des pyramides 
Et le grand sphinx l'a vu passer.

- La saison change, et lentement le vent s'exhume 
Vêtu de pluie immense et de loques de brume.

- Voici qu'il vient vers nous des horizons blafards, 
Angleterre, Jersey, Bretagne, Ecosse, Irlande, 
Où novembre suspend les torpides guirlandes 
De ses astres noyés, en de pâles brouillards ; 
Il est parti, le vent sans joie et sans lumière :
Comme un aveugle, il erre au loin sur l'océan 
Et, dès qu'il touche un cap ou qu'il heurte une pierre, 
L'abîme érige un cri géant.

- Printemps, quand tu parais sur les plaines désertes, 
Le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.

- Voici qu'il vient des longs pays où luit Moscou, 
Où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge 
Mirent et rejettent au ciel les soleils rouges ; 
Le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou, 
Mord la steppe, bondit d'Ukraine en Allemagne, 
Roule sur la bruyère avec un bruit d'airain 
Et fait pleurer les légendes, sous les montagnes, 
De grotte en grotte, au long du Rhin.

- Le vent, le vent pendant les nuits d'hiver lucides 
Pâlit les cieux et les lointains comme un acide.

- Voici qu'il vient du Pôle où de hauts glaciers blancs
Alignent leurs palais de gel et de silence ; 
Apre, tranquille et continu dans ses élans, 
Il aiguise les rocs comme un faisceau de lances ; 
Son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts, 
S'attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges 
Et secoue, à travers l'immensité des mers, 
Toutes les plumes de la neige.

- D'où que vienne le vent, 
Il rapporte de ses voyages, 
A travers l'infini des champs et des villages, 
On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent. 
Avec ses lèvres d'or frôlant le sol des plaines, 
Il a baisé la joie et la douleur humaines 
Partout ; 
Les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous, 
Tout ce qui met dans l'âme une attente immortelle, 
Il l'attisa de ses quatre ailes ; 
Il porte en lui comme un grand cœur sacré 
Qui bat, tressaille, exulte ou pleure 
Et qu'il disperse, au gré des saisons et des heures, 
Vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.

- Si j'aime, admire et chante avec folie 
Le vent, 
Et si j'en bois le vin fluide et vivant 
Jusqu'à la lie, 
C'est qu'il grandit mon être entier et c'est qu'avant 
De s'infiltrer, par mes poumons et par mes pores, 
Jusques au sang dont vit mon corps, 
Avec sa force rude ou sa douceur profonde, 
Immensément il a étreint le monde.

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